BRUXELLES On ne parle que de lui, et il adore cela. Que ce soit dans le monde de la moto, son fief, ou dans celui de la Formule 1, son avenir , Valentino Rossi ne laisse personne indifférent. Même s'il ne possédera jamais le palmarès de Giacomo Agostini, Vale a repris en sa faveur l'image du ciamponissimo italien et, à 27 ans, il est l'image même de la vitesse pure, le représentant d'aujourd'hui auprès de Monsieur Tout-le-Monde. Très fort (le plus fort!) sur la piste, il ne manque jamais une occasion pour faire exploser l'audimat en sa faveur. Il a donné un véritable coup de jeunesse, une bouffée de fraîcheur dans un monde de la moto qui tentait de copier la rigidité et le sérieux de la F 1. Les petites mises en scène qu'il invente avec ses fans inconditionnels pour fêter ses succès en fin de course n'y sont pas étrangères. Tantôt déguisé en Doctor pour marquer sa suprématie sur le peloton, tantôt évoquant Blanche Neige et les sept nains à l'heure de son septième sacre, il ne recule devant aucune fantaisie. Mais n'allez pas croire que Valentino est simplement un doux dingue, un farfelu génialement doué pour le pilotage. Derrière cette facette grand public, se cache bien d'au- tres qualités, à commencer par celle d'un pilote hors pair, qui fait corps avec sa moto et qui, quel qu'en soit la marque, en connaît ses moindres réactions.
Un bosseur. Sa force, c'est de faire ce qu'il aime: piloter. Mais avec plaisir. Il le fait toujours en véritable professionnel, en ne négligeant au- cun détail. Ainsi ses mécanos doivent apporter le même soin, les mêmes réglages sur sa machine de réserve, son mulet, que sur sa mécanique de compétition. Ce n'est pas le cas de tous ses adversaires, ni dans tous les autres teams. Le moindre millimètre de différence sur la position d'un guidon, sur le travail des suspensions, il le sent instantanément. Comme il sent sa mo- to et parvient au terme des essais à définir les meilleurs réglages pour la course. Peu lui importe que sa mécanique soit un peu moins rapide dans une ligne droite car, pour lui, ce qui compte reste l'efficacité sur un tour complet et sur toute la longueur de la course.
Pilote et tacticien. L'osmose complète avec sa moto est une autre de ses grandes forces. Au fil de la compétition, il adop- te son pilota- ge aux réactions de sa mécanique, à l'usure de ses pneus et ne condui- ra plus de la même manière en fin d'épreuve, lorsque l'adhérence est plus précaire. Que ce soit sur une piste sèche ou détrempée. C'est aussi un fin tacticien qui peut attendre son heure longtemps dans la roue de ses rivaux et les attaquer là où ils ne s'y attendent pas, souvent dans la partie la plus délicate à négocier d'un tra- cé. Il possède aussi l'art de marquer psychologiquement ses adversaires, par ses déclarations et par ses actions. Toujours sans avoir l'air d'y toucher.
Homme d'affaires. Mais sous sa figure d'angelot et malgré les fantaisies de son jeune âge, se cache un homme particulièrement âpre en affaires. Ce millionnaire n'aime pas parler d'argent et gare à la presse qui évoque le sujet. Peut-être parce qu'il est nettement plus fourmi que cigale, n'hésitant pas à demander une quote-part à ses mécanos pour un taxi pris en commun! Ses contrats définissent avec précision l'utilisation de son image, surtout lorsqu'il s'agit de tabac. Et, en dehors de la piste, son photographe personnel à l'exclusivité de son image. Y compris lors des conférences de presse.
Oui, au terme de cette saison qu'il dit la dernière sur deux-roues, Valentino Rossi est prêt pour la F 1!
Au volant d'une Ferrari en F1?
Valentino Rossi se verrait bien devenir l'égal de John Surtees
BRUXELLES Son futur proche passe naturellement par cette douzième saison sur deux-roues qui ne s'annonce pas si aisée (ne le sont-elles jamais?) qu'on l'imagine. Les essais hivernaux, et plus particulièrement ceux, récents, réalisés sur cette piste de Jerez où sera donné dimanche le coup d'envoi du Mondial MotoGP, ont mis en évidence de gros problèmes de suspensions sur sa nouvelle Yamaha. Info ou intox? Avec ce diable de Rossi, tout est possible.
Mais la grosse question est de savoir si oui ou non Valentino passera au volant d'une Formule 1 à l'issue de ce championnat. Les avis sont partagés mais il est évident que la compétition automobile intéresse au plus haut point le jeune Transalpin. Il est homme de défi et celui-ci est à sa taille. Il se verrait bien réaliser l'exploit de John Surtees, le seul champion du monde moto et auto.
Certains indices laissent croire à un plan de carrière dans ce sens. Vale a fait des pieds et des mains pour quitter Gauloises. Il prétexta même, lui le non-fumeur, qu'il ne pouvait donner le mauvais exemple à ses fans, avant de signer un contrat avec Camel. Question de goût? Non, question d'autorisations. Camel lui permettant, au contraire de Gauloises, de faire des essais au volant d'une Ferrari rouge Marlboro!
S'il trouve un volant en F 1 (Ferrari est intéressé car ce serait un fameux coup de pub), il ne l'empoignera que s'il est certain de pouvoir réaliser des exploits et de conserver à échéance son rang de champion. En est-il capable? Les avis divergent et se contredisent. Alonso et Briatore n'y croient pas. D'autres sont moins catégoriques, reconnaissant à Rossi des qualités de techniciens, de bosseur et d'écoute. Comme nous l'expliquait Didier de Radiguès qui, dans une moindre mesure, fit également le grand saut, il faut attendre que Rossi abandonne complètement la moto pour connaître la réponse.
«En moto, les réglages, les trajectoires, les repères de freinage sont complètement différents. Actuellement, nous confiait Didier, Valentino Rossi ne peut pas oublier les paramètres moto puisqu'il lutte encore sur deux- roues. Les progrès seront plus rapides lorsqu'il les chassera de son esprit et se consacrera totalement à la voiture. En tout cas, pour l'heure, il est le seul pilote moto à pouvoir réussir ce genre de pari.»